La vie à plein temps

La vie à plein temps

FR3 Toulouse Midi-Pyrénées, le 1er décembre 1982, Émission animée par Philippe Bachmann , 1 décembre 1982

[Extrait de ʺSong for Guyʺ, Elton John]

[Sur le plateau, plusieurs personnes sont assises avec Jean-Jacques Goldman et Philippe Bachmann]

Philippe Bachmann : Sur ce plateau, Jean-Jacques Goldman, un jeune qui monte, comme on dit [rires], qui monte beaucoup ! [rires]

Jean-Jacques Goldman : Alpiniste…

Philippe Bachmann : Alpiniste. ʺIl suffira d’un signeʺ et ʺQuand la musique est bonneʺ, ce sont les deux titres que tu nous chanteras tout à l’heure. Jean-Jacques Goldman, toi aussi tu as ces problèmes-là quand tu tournes à travers la France ? [Jean-Jacques Goldman récupère son micro posé par terre] Là, pour l’instant, c’est surtout au niveau des télés et des radios que tu fais une petite tournée, non ?

Jean-Jacques Goldman : Oui, mais en ce qui concerne la production, le problème principal c’est de trouver un contrat avec une maison de disques qui va faire l’avance des fonds nécessaires à la réalisation d’un disque, qui sont des fonds assez importants. Et donc c’est vraiment une question de confiance parce que, contrairement à vous, par exemple au théâtre, vous pouvez avoir des références ou des choses comme ça. [Il s’adresse à l’un des invités, Dominique Fernandez] Un jeune type de 20 ans, 25 ans, qui arrive avec une petite cassette et sur laquelle il va falloir avancer quelques dizaines de millions anciens, c’est un pari qui est difficile, des fois, à trouver.

Philippe Bachmann : Dominique Fernandez, voilà.

Dominique Fernandez : Tous les arts, ça a toujours été comme ça et heureusement. S’il y avait une sécurité dans la création, il n’y a plus de création.

Jean-Jacques Goldman : Oui, mais enfin, il coûte moins cher d’écrire un livre que d’enregistrer un disque, je crois.

Dominique Fernandez : Non, parce que… écrire un livre coûte le prix du papier et la plume, mais pour le faire publier il faut trouver un éditeur qui engage aussi plusieurs millions, pour le faire publier.

Jean-Jacques Goldman : Oui, mais il a déjà le texte devant lui, tandis que quand on a une maquette, on a juste une guitare, une voix et on ne sait pas du tout ce que va donner la réalisation.

Dominique Fernandez : Oui bien sûr, non, mais, chaque discipline artistique a ses problèmes particuliers…

Jean-Jacques Goldman : Oui, bien sûr.

Dominique Fernandez : Mais il y a en commun qu’il y a un risque et se dédier à la création, que ce soit le théâtre, la musique ou l’écriture, c’est un pari, une folie quoi !

Autre invité : Oui, mais je crois, de toute façon, que toute création que ce soit, c’est sûrement plus difficile pour la variété. Ça, je suis d’accord, parce qu’il y a un côté très solitaire, et puis…

Dominique Fernandez : Non, écoutez, il y a encore plus difficile alors : c’est le poète qui n’est pas chanteur en même temps.

Autre invité : Oui, sûrement…

Dominique Fernandez : Alors, celui-là, c’est presque du suicide parce que personne ne le publie.

Jean-Jacques Goldman : Oui, oui, là c’est une question de ʺmarchéʺ, si on peut mettre ça entre guillemets.

Dominique Fernandez : Oui, oui, hélas !

Jean-Jacques Goldman : Oui.

Autre invité : Enfin, je crois qu’il y a un gigantesque coup de poker au niveau de toute création.

Dominique Fernandez : Oui, mais c’est de la folie !

Autre invité : Que ce soit une pièce de théâtre que l’on va créer, que ce soit un bouquin que l’on écrit, une chanson qu’on va faire, je crois que, de toute façon, quelles que soient les garanties qu’on puisse prendre à droite et à gauche, c’est toujours un gigantesque coup de poker et c’est finalement le public à l’arrivée qui le sanctionne.

Jean-Jacques Goldman : Bien sûr, et la garantie est dramatique, je crois. Il y a des pays où les artistes ont justement des garanties et on ne peut pas dire que la création artistique soit très stimulée dans ces pays-là.

Dominique Fernandez : Ah non, c’est le conformisme qui s’installe !

Jean-Jacques Goldman : Absolument.

Autre invité : Oui, bien sûr.

Dominique Fernandez : Mais il faut se méfier, comme tout, du protectionnisme d’État. Je crois que ce qui est beau dans la création, c’est que c’est une folie et c’est ça qui vaut la peine d’être vécu, je veux dire, tous dans nos métiers, on est fous quoi, complètement !

Autre invité : Oui, c’est vrai.

[Rires de l’autre invité, de Philippe Bachmann et de Jean-Jacques Goldman]

Dominique Fernandez : On risque notre vie, notre temps, notre argent, tout, pour une chose qui n’est absolument pas sûre du succès qui, même si c’est réussi en soi, peut rater ou pas auprès du public !

Autre invité : Exactement.

Dominique Fernandez : C’est vraiment une folie, mais c’est ça qui est beau !

Philippe Bachmann : Jean-Jacques Goldman, toi, tu as commencé comment ? Avec un groupe qui s’appelait Taï Phong, non, c’est cela ?

Jean-Jacques Goldman : Oui, enfin, j’ai commencé bien avant. On ne s’improvise pas du jour au lendemain chanteur ou musicien.

Philippe Bachmann : Ouais.

Jean-Jacques Goldman : Je crois que c’est un cheminement qui est peut-être plus ingrat – enfin non, on ne va pas faire de comparaison. Mais ce que je veux dire, c’est que la musique, et la musique rock en particulier, ne s’apprend dans aucune école. C’est-à-dire que les mômes achètent une guitare, ils descendent dans leur parking, dans leur cave et ils commencent à apprendre eux-mêmes la musique qu’ils vont faire après. Et ensuite, bon, l’école extraordinaire, c’est les groupes, les petits groupes de banlieue, les petits groupes qui jouent pour rien du tout dans les MJC, dans des bals, dans des discothèques, avec juste la foi et l’envie d’apprendre et puis ensuite le cheminement se fait peu à peu, on rencontre des gens qui sont intéressés, on commence à faire des séances, on commence à faire des maquettes, et ensuite on est en contact avec des maisons de disques.

Philippe Bachmann : Bon, mais le groupe en question dont je parlais, Taï Phong, ça avait bien marché avec ʺSister Janeʺ déjà ?

Jean-Jacques Goldman : Oui, c’était ʺma première expérience discographique et professionnelleʺ entre guillemets, enfin bien que chaque fois qu’on me demande ce que je fais comme profession, je marque ʺsansʺ ! [rires]

Philippe Bachmann : [rires] Et il n’y a pas eu de rupture entre ce groupe et le moment où tu as chanté tout seul ? Comment ça s’est passé ?

Jean-Jacques Goldman : Non, il y a eu une fin, on peut concevoir que des gens qui sont mariés divorcent, alors quand on est cinq à être mariés et de façon aussi proche que quand on fait de la musique, il arrive un moment où on n’a plus rien à se dire. On a fait trois albums ensemble, c’était une expérience fondamentale et très importante pour moi, qui m’a appris plein de choses et puis ensuite j’avais envie de faire d’autres choses, les autres avaient envie de faire d’autres choses, et j’ai fait un album en français.

Philippe Bachmann : OK. ʺIl suffira d’un signeʺ, on t’écoute tout de suite.

Jean-Jacques Goldman [enchaînant sur sa dernière phrase] : …c’était le premier.

[Jean-Jacques Goldman est debout et chante ʺIl suffira d’un signeʺ]

[Applaudissements]

[Jean-Jacques Goldman retourne à sa place]

Philippe Bachmann : Jean-Jacques Goldman, ʺIl suffira d’un signeʺ [rires] du caméraman par exemple ! [rires]. On va repartir vers le côté “variétés”. Jean-Jacques Goldman, tu t’intéresses à la peinture de temps en temps ou pas ?

Jean-Jacques Goldman : Non, je suis un ʺinfirmeʺ de tout ce qui est visuel.

Philippe Bachmann : Allons, bon !

Jean-Jacques Goldman : Je n’ai jamais rien ressenti en regardant une toile, je le regrette profondément, mais le fait est.

Philippe Bachmann : Et le cinéma, le théâtre ?

Jean-Jacques Goldman : Ah si, le cinéma et le théâtre ou la photo même, je crois que c’est plus pour ce que ça représente et plus pour l’émotion que ça peut me donner… raisonnable que par le côté uniquement esthétique.

Philippe Bachmann : OK. On va t’entendre avec ʺQuand la musique est bonneʺ.

Jean-Jacques Goldman : D’accord.

Philippe Bachmann : Tout de suite, on t’attend. ʺQuand la musique est bonneʺ, Jean-Jacques Goldman.

[Jean-Jacques Goldman chante ʺQuand la musique est bonneʺ, il a pris sa guitare].

Infos pratiques
  • Retranscription : Miharintsoa Rabefitseheno
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